"Personne ne sait tout, ni personne n’ignore tout
Personne n’éduque personne, personne ne s’éduque tout seul.
Les hommes s’éduquent entre eux et par la médiation du monde"
Paolo Freire

 

Le lien d'accompagnement dans le travail social

Quels possibles maillages entre éducatif, pédagogique et thérapeutique ?

Les trois plans, éducatif, pédagogique et thérapeutique, correspondent à l’accompagnement de tout sujet dans son développement. Les institutions, notamment dans le champ de l’éducation spécialisée interviennent de fait à ces différents niveaux.

Bien entendu, une population accueillie avec des difficultés spécifiques est appelée à donner plus ou moins d’importance à la mise en œuvre des interventions dans un des compartiments.

 

L’éducatif est l’espace du vivre ensemble

Comment faire avec le social et ses contraintes tout en restant un...... mais UN parmi les autres ?

L'espace du passage (étymologiquement l’éducator est l’esclave qui accompagne l’ado, le jeune adulte, dans un passage de l’espace familial vers l’espace collectif, le gymnasium) vers ce vivre ensemble.

Vivre ensemble demande à prendre en compte la loi et ses déclinaisons. Comment soutenir le sujet pour passer de sa réalité psychique à une réalité sociale ?

Au fond, comment accompagner vers le mieux vivre ensemble ? Les éducants sont des passeurs, ils accompagne le "passage".

Comment l’éducateur, l'éducant va soutenir le sujet pour passer du principe de plaisir au principe de réalité ?

Les outils des éducateurs, que sont entre autres les médiations éducatives, supports nécessaires à la transmission des limites et donc des repères indispensables à toute humanisation favorisent ce passage. Il est important que ces médiations restent tout à la fois des espaces où la parole et la création sont possibles pour le sujet, mais aussi espaces de socialisation. 

Ce savoir que le sujet va devoir acquérir nous pouvons le nommer savoir-faire. Savoir-faire dans le sens de savoir vivre ensemble. Le principe de réalité va imposer à l’éducateur d’être plus ou moins interventionniste, à manier l’autorité, parfois la sanction, en deux mots à porter et transmettre la loi, le MESSAGE.

 

 

C’est autour des tous petits riens, du futile, du banal, de l’infra-ordinaire pour reprendre Perec, que s’active l’éducateur. Mais l’enjeu final est l’inscription, chacun à sa manière, dans le social en passant par la reconnaissance du cadre et des limites, quitte à les éprouver.  Car au bout du compte, un sujet « asocial » est un sujet qui souffre, à la marge de la dite communauté. 

L’éducant accompagne le sujet dans la construction de sa vie sociale. En reconnaissant la dimension sociale de celui-ci, l’éducateur chemine avec la personne vers des espaces où elle est souvent exclue en partie, ou totalement.

Ce cheminement ensemble a des effets indirects de revalorisation, de re-narcissisation, de réparation de l’estime de soi.

La préoccupation pour cet autre, c’est prendre soin. Ce prendre-soin soigne. Dans un article de D.W. Winnicot "le placement en institution considéré comme thérapeutique", celui-ci montre que c’est la fiabilité du cadre, qui est thérapeutique.

Winnicott y ajoute subtilement que pour différencier la fonction thérapeutique et éducative il s’agit (pour les éducateurs) ni de traiter, ni de guérir, mais de survivre. Survivre pour proposer une continuité du cadre au quotidien afin qu’il n’y ait pas de ruptures.

Le thérapeutique  est du côté de l’être

Ce savoir après lequel je cours est un savoir que l’on nommera savoir-être, signifiant énigmatique car il interpelle cette part d’être qui m’échappe.

Il y a des sujets pour qui les difficultés de la vie sont trop envahissantes pour une exploration de la question du qui suis-je.

Le thérapeute (étymologiquement du grectherapevô, celui qui « soigne »…mais aussi qui « prend soin » !) est le professionnel qui va accompagner le sujet vers une déconstruction-reconstruction de son histoire pour lui permettre d’aborder de façon plus apaisée les rives de la recherche du sens de sa vie.

La démarche thérapeutique va de fait, demander au thérapeute, de proposer un cadre unique dans lequel « tout peut se dire » sans risques de représailles dans le réel pour le patient.

Il y a dans la rencontre entre le thérapeute et le sujet, de l’intime, du secret partagé, de la confidence, qui obligent le professionnel à une attitude compréhensive, une « réceptivité non interventionniste », une "posture bienveillante". C’est à partir de cette position fondatrice que la relation thérapeutique peut exister en tant que telle, et le soin de « l’âme »  pourra s'y envisagé si le sujet veut bien s’y engager.

Le pédagogique est lui à concevoir comme l’espace des connaissances et des savoirs.

Pour les transmettre, les acquérir et les mettre en œuvre, des méthodes, des techniques, des supports sont nécessaires. Les éducateurs ne sont pas sans utiliser ces outils, à une différence près : ces derniers deviennent des supports pour la médiation éducative et n’ont plus une fonction purement pédagogique. Le pédagogique c’est comment on s’y prend avec le sujet ou le groupe en utilisant des savoirs. Le pédagogique, on le nommera savoir. Celui-ci répondrait de façon plus ou moins imaginaire, ce qui laisse une part aussi à la réalité, à ce dont a besoin le sujet, autrement dit à ce qui lui manque.

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Trois postures différentes = Trois réponses adaptées

De la logique de l’équation

Il va de soi que ces niveaux différents dans l’accompagnement du sujet induisent des modes de relation différents. La relation thérapeutique n’est pas une relation éducative qui elle-même n’est pas une relation pédagogique. Pourquoi ? Ces trois différentes postures de l’accompagnement, auraient à priori trois réponses différentes car incompatibles dans un même temps. Sur le terrain, force est de constaté que tout professionnel est interpellé par son patient, par son client (sujet en difficulté rappelons-le) à la frange  ou hors champ de sa fonction de pédagogue, ou bien de thérapeute, ou encore d’éducant.

Un socle commun : la question transférentielle

A chacun de ces trois niveaux institutionnels le transfert s’active. Tout professionnel en relation est pris dans le transfert. La relation avec l’autre reste fondamentalement un lien d’amour, le revers d’une même médaille en étant la haine, avec sa dimension imaginaire. La mise en mots de ce qui arrive à chacun dans la relation à l’usager va ouvrir vers une reconnaissance du sujet qui tente de dire ce qu’il désire. Accompagner, c’est accompagner la question de l’énigme d’autrui, nous indique Paul Fustier*. Il nous faut sans cesse revenir et revenir encore dans la rencontre pour mieux se comprendre et continuer de partager avec les collègues, avec les autruis. Et c’est bien ce point de partage qui peut faire lien institutionnel. C’est à partir de la question transférentielle que la mise en commun des pratiques de l’ensemble des professionnels de l’institution est possible. C’est en reconnaissant la relation transférentielle produite par la rencontre entre le thérapeute, l’éducateur et le pédagogue avec le sujet, que ce dernier peut rester « entier » dans le projet individualisé.

Et pourtant ?

Le fait même de prendre en compte les besoins des personnes, tant sur le plan psychique, physique, des apprentissages et de l’inscription dans le social, propose en soi un prendre-soin. Ce prendre-soin, pour un sujet en difficulté ou en souffrance, je le qualifierais de soignant donc de thérapeutique, lorsqu’en premier lieu il apaise afin de mettre en route par la suite un mouvement réflexif réparateur. Quant à une éventuelle guérison, (mais qu’est-ce guérir ?), elle est à envisager avec toute la prudence freudienne : elle sera de surcroît.  Ce prendre-soin se décline dans des cadres différents, selon la visée recherchée : le social pour l’éducatif, l’être pour le thérapeutique, la connaissance pour le pédagogique. Ce qui devrait instituer un mode de relation particulier et un accompagnement spécifique.

Dans l’approche de la thérapie sociale cependant, une visée transdisciplinaire est recherchée. En conséquence, l’intervenant en thérapie sociale endosse tour à tour le rôle du thérapeute , le rôle d’éducant et celui de pédagogue. Le gain le plus probant pour le client est de "se réunir" dans toutes ses facettes. Un travail profond des ombres et des masques par une auscultation sensible de nos comportements et habitus (dans le sens de soumission immédiate à l’ordre) en société est ainsi abordé pour y être décortiquée à la lumière d’autres regards, d’autres possibles interprétations.

La force du groupe et comment le sujet évolue au sein du groupe ?

Acquérir une lucidité nouvelle entre  dangers réels et dangers fantasmés est le matériau sur lequel se base le fondement de la thérapie sociale transformative. On pratique, on analyse, on s’exerce, on s'y exerce,  on se cherche et s’autorise et se découvre différent de qui on croyait être, paraître.

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Paul Fustier, le lien d’accompagnement

Dans le travail social, le lien d’accompagnement peut être compris comme le résultat d’un métissage : il se construit à partir d’un échange contractualisé qui en est le socle.  Echange contractualisé  souvent infiltré par des manifestations autres qui relèvent de « l’échange par le don ». En effet, les personnes prises en charge se livrent alors à un effort interprétatif considérable pour tenter de comprendre si le lien qui se noue avec le travailleur social est neutre et seulement technique ou s’il est en dépassement, supposant cette reconnaissance identitaire fortement personnalisée caractéristique de l’échange par le Don. Dans ce deuxième cas, les échanges s’intensifient, le lien devient de plus en plus puissant et sa cessation est difficile à mettre en place autrement que par l’aliénation et la rupture. D’où la nécessité d’un travail de la pensée portant sur le « métissage relationnel » tel qu’il peut s’effectuer dans une analyse des pratiques.

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